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THE PERCEPTIONS MODULE OF PERCEPNET PROMOTES CRITICAL DISCUSSION ABOUT HOT ISSUES IN SENSORY SCIENCE AND PERCEPTION, THROUGH MONTHLY CONTRIBUTIONS OF OUTSTANDING RESEARCHERS AND PROFESSIONALS.
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L’odeur médiane du couvre-lit de tante Léonie (1ère partie) : Particularités de la mémoire olfactive
[El olor mediano de la colcha de tía Léonie (1ª parte): Particularidades de la memoria olfativa]

[The median scent of aunt Léonie’s bedspread (1st part): Particularities of olfactory memory]
Jöel Candau
LAMIC
Université de Nice-Sophia Antipolis (Niza, Francia)
candau@unice.fr

«Lors de mes visites à Combray», écrit le narrateur, «je revenais toujours avec une convoitise inavouée m’engluer dans l’odeur médiane, poisseuse, fade, indigeste et fruitée du couvre-lit à fleurs» de tante Léonie.1 Cet extrait de La Recherche, bien moins cité que le célèbre passage de la petite madeleine qu’il suit immédiatement, présente un double intérêt pour l’anthropologue de l’olfaction. D’une part, il résume à merveille maintes caractéristiques de l’expérience olfactive: la ténacité du souvenir, sa tonalité hédonique, ses liens avec le contexte de la perception et, enfin, le fait que, comme le soulignait Kant, des odeurs, nous sommes obligés «à en partager l’apport».2

D’autre part, il est une excellente illustration du caractère souvent énigmatique du langage naturel des odeurs. Que peut bien être, en effet, une odeur «médiane»? Seule auteur, probablement, serait en mesure de répondre. Au risque de quelques errements anthropologico-littéraires, je vais néanmoins avancer ici plusieurs interprétations de cette étrange odeur géométrique, après avoir précisé les propriétés de la mémoire des odeurs mises en lumière par le texte proustien.

Quelques caractéristiques de la mémoire olfactive

À des années de distance de la sensation originelle, la mémoire olfactive du narrateur paraît étonnamment fidèle, si l’on en juge d’après le nombre et la densité sémantique3 des descripteurs de l’odeur du couvre-lit. Cette résistance des souvenirs olfactifs est un phénomène bien connu,4 en particulier lorsque les traces mnésiques concernent la période prénatale et postnatalé et, tout autant, la saison de la petite enfance.5-6 Entre 6 et 10 ans,7 les odeurs deviennent des forteresses des souvenirs. Or, c’est exactement à ces áges-la8 que Proust passa ses vacances de Páques et d’été a Illiers-Combray, chef-lieu de canton d’Eure-et-Loir où vivait sa tante paternelle Elisabeth Joséphine Proust, épouse de Jules Amiot et «modèle» de tante Léonie.

Chacun d’entre nous, a l’age adulte, a connu des expériences similaires. Qui n’a jamais été surpris par le rappel soudain d’événements parfois fort anciens provoqué par l’odeur d’un parfum, d’une chambre ou d’un vieux vêtement retrouvé au fond d’une armoire? Dans certains milieux professionnels auprès desquels j’ai travaillé,9 cette ténacité de la mémoire olfactive marque profondément l’exercice du métier. Chez de nombreux chefs cuisiniers, par exemple, le souvenir sensoriel des recettes familiales sature leur mémoire culinaire. Les «nez» (parfumeurs, oenologues) insistent également sur cette dimension très personnelle de leur mémoire olfactive. Chez les parfumeurs, tel composant évoque l’odeur de la cuisine maternelle, tel autre l’odeur d’un livre lu enfant ou adolescent. Le «vécu olfactif» des oenologues structure tout aussi fermement leur perception. Par exemple, lors d’une dégustation d’un vin varois, l’un d’entre eux associe l’odeur de pêche au lointain souvenir du verger familial. Un autre rapproche l’odeur du musc de celle du vieux linge de maison que, tout enfant, il découvrit dans une malle entreposée dans le grenier de ses grands-parents.

LLa tonalité hédonique de la mémoire olfactive est elle aussi amplement documentée. «Quand c’est la mémoire qui respire», observait Bachelard, «toutes les odeurs sont bonnes.»10 Les souvenirs olfactifs, pour la plupart, sont des souvenirs heureux. Ils évoquent des événements vécus jadis «avec convoitise». D’une enquête que j’ai menée par questionnaire auprès de plus de 500 étudiants de l’Université de Nice-Sophia Antipolis, il ressort que leurs souvenirs olfactifs sont majoritairement plaisants, tant du point de vue du contenu mémorisé que du contexte qui lui est lié. Très souvent rattachés a l’enfance, ils renvoient aux vacances, aux voyages, à la nature (mer, montagne, campagne) et à la famille (odeurs et parfums des parents et grands-parents, repas dominicaux, maison familiale). Curieusement, certains individus associent des odeurs jugées d’habitude désagréables a des souvenirs heureux: une odeur de fosse a purin évoque un séjour estival près d’une ferme, une odeur d’essence le départ en vacances, celle du chlore les jeux dans une piscine, etc.

Comme le montrent ces associations, la mémoire enregistre en même temps que le stimulus tout son contexte sensoriel et émotionnel,11 phénomène connu sous le nom de syndrome de Proust. Plusieurs régions du cerveau qui participent au traitement du message olfactif -au niveau du thalamus, du néo-cortex frontal et du système limbique-, marquent l’odeur d’une valeur affective (intensité et valence12), réunissent diverses informations sensorielles et jouent ainsi un rôle central pour la mise en mémoire de souvenirs qui ne sont jamais purement olfactifs. La mémoire olfactive, en effet, est toujours au centre de plusieurs sensations, aspect dont rendent bien compte les épithètes proustiennes et sur lequel je reviendrai dans la seconde partie de ce texte.

Enfin, la perception du caractère «invasif» des odeurs, sur le mode de l’engluement ressenti par le narrateur, est attestée par les spécialistes de l’olfaction. Les difficultés rencontrées pour se protéger des stimuli olfactifs, l’accès immédiat des messages au cerveau, tout concourt à faire de l’odorat un sens de l’intrusion. Sentir, c’est ouvrir et exposer son corps intime au monde extérieur. À cela, nul ne peut se soustraire, en particulier en présence des odeurs humaines très souvent situées sur le versant négatif de l’espace hédonique. Puissantes, impérieuses et tenaces, celles-ci doivent à leur caractère térébrant le fait d’être bien catégorisées et mémorisées. De mes propres enquêtes auprès de professions exposées aux odeurs des corps, vivants ou morts, il apparaît que certaines effluves sont considérés comme plus agressives que d’autres: elles imprègnent physiquement la personne et, même, lui donnent l’impression de la pénétrer. L’odeur d’un corps en état de putréfaction, par exemple, est décrite par les fossoyeurs comme une odeur qui «accroche»13 , «pique» et «rentre dans les cheveux». Elle est «collante» dit l’un d’entre eux, utilisant le même descripteur qu’un sapeur-pompier qui, a l’instar de ses collègues, la qualifie encore de «puissante, bloquante, écœurante, pointue, perçante». C’est une odeur «dérangeante», qui «fait mal» et «nous tombe dessus», précise un fossoyeur; on la «reroit» et il faut donc s’habituer à la «prendre». Elle «tient», y compris après avoir pris soin de changer de tenue, affirment plusieurs représentants de ces professions. Selon un thanatopracteur, cette odeur «reste collée dans la bouche», on la «garde sur soi», et on doit ensuite la «porter», tel un fardeau. Elle «s’étale comme un chewing-gum», se «dépose dans les sinus», puis reste «ancrée au niveau du front» confirme, à Nice, un employé de la morgue municipale. Malgré les efforts déployés pour essayer de l’oublier, elle «reste présente dans mon esprit», ajoute un de mes informateurs. En milieu hospitalier, les odeurs du corps humain évoquent également cette agression. Une odeur d’infection intense, estime une infirmière, «imprègne» ses vêtements et son corps, impression qui rejoint celle d’un fossoyeur décrivant l’ouverture de certaines tombes: «on est pris à la gorge», dit-il, «l’odeur, vous l’avez sur les habits». Une autre infirmière a l’impression «d’avaler les parcelles infimes du corps qui filtrent de certaines escarres ou de nécroses», impression dont des employés de la morgue se protègent en se «mettant en apnée», pour «bloquer l’odorat». Tous ces descripteurs olfactifs font évidemment songer aux représentations médicales qui, aux XVIe et XVIIe siècles, conféraient aux odeurs la faculté de pénétrer 1’intimité des corps.14 Assurément, Rousseau voyait juste quand il qualifiait l’odorat de sens de 1’incorporation.

J’en viens maintenant à 1’objet principal de ma discussion, la singularité du langage des odeurs suggérée par le texte de Proust. Ces odeurs, comment les pensons-nous? Comme pour toutes les qualités sensibles, à l’aide d’«idées confuses et obscures»,15 répondent les auteurs de La logique de PortRoyal. Ces «idées» sont-elles toujours associées à des signes? Non, car comme on le sait, la conceptualisation n’implique pas nécessairement une verbalisation.16 On peut percevoir un stimulus (sonore, visuel, olfactif, gustatif, tactile, proprioceptif) sans disposer d’un terme pour le nommer, ne serait-ce que parce que nous savons traiter bien plus d’informations par les voies sensorielles que par les facultés cognitives supérieures. Ce fait avait été bien noté par Cabanis, fortement influencé par le sensualisme condillacien. Dans Rapports du physique et du moral de l’homme, il soutient que «les matériaux des idées existent bien certainement [...] avant les signes».17 Cependant, écrit-t-il, «on ne distingue les sensations qu’en leur attachant des signes qui les représentent et les caractérisent; on ne les compare qu’en représentant et caractérisant également par des signes ou leurs rapports ou leurs différences».18 En particulier, ajoute Cabanis, ces signes —c’est-a-dire, selon lui, une langue— vont nous permettre de fixer nos propres sensations. «Ils les retracent, et par conséquent ils les rappellent; c’est là-dessus qu’est fondé l’artifice de la mémoire. […] Les signes rappellent donc les sensations; ils nous font sentir de nouveau. Il en est qui restent, pour ainsi dire, cachés dans l’intérieur; ils sont pour l’individu lui seul. Il en est qui se manifestent au-dehors; ils lui servent à communiquer avec autrui»19 Ce sont bien ceux-là qui intéressent 1’anthropologue, si l’on admet que cette communication est la condition du partage des significations. Partant, elle est au fondement de ce que nous appelons la culture. Mais ces signes, qui permettent selon Lévi-Strauss de transcender l’opposition du sensible et de l’intelligible, rendent-ils. Véritablement «les qualités secondes au commerce de la vérité»?20

Quand on considère l’encodage sensoriel des couleurs, cela semble assez vrai. Si j’écris que les rideaux de mon bureau sont rouges, toute personne voyante peut se faire une idée assez précise de l’impression lumineuse qu’ils donnent, avec des variations individuelles négligeables (excepté les cas pathologiques) qui n’altèrent probablement pas la communication intersubjective. Mais dans le domaine de l’expérience olfactive, cette description des attributs des stimuli à des fins de communication ne va pas de soi, pour au moins trois raisons. En premier lieu, toutes les odeurs perçues ne sont pas nommées. Beaucoup, en effet, restent a un niveau infraverbal. Notre exploration olfactive du monde se fait massivement de manière holistique, l’odeur état appréhendée comme un tout sans qu’il y ait nécessairement codage verbal.21 E En second lieu, si les êtres humains sont, d’une part, plutôt habiles pour détecter les odeurs et, d’autre part, modestement compétents pour les discriminer,22 aptitudes indubitablement utiles à la survie de notre espèce, ils sont beaucoup moins performants lorsqu’il s’agit de les décrire. Odeurs et langage ne vont pas toujours très bien ensemble, peut-être parce que le traitement de l’information olfactive et celui du langage entrent en compétition, pour une faible part, dans une même région du cortex.23 Enfin, contrairement à «la belle systématicité du lexique des couleurs»24 le lexique olfactif est imprécis et instable (le même descripteur peut avoir plusieurs référents et à un même stimulus peuvent être associés plusieurs descripteurs). Si j’écris que, tout à l’heure dans la rue, j’ai senti une odeur épaisse, quelle signification les lecteurs vont-ils associer à ce descripteur? Sa compréhension, on le devine, sera moins facilement partagée que lorsque j’évoquais la couleur rouge des rideaux démon bureau. En définitive, l’idiome des fluides huysmansien se caractérise par une très grande variation interindividuelle: la verbalisation de l’expérience olfactive est généralement laissée au hasard de l’expérience de chacun, là encore contrairement à l’apprentissage des couleurs. Les catégories olfactives peuvent être relativement précises pour un individu, mais perdre leur pertinence au niveau collectif,25 eentre autres parée qu’elles dépendent étroitement d’un contexte approprié par un sujet singulier, le narrateur par exemple.26Il en résulte que la dénomination des odeurs sous une seule étiquette est presque toujours’ impossible: «l’eugénol est qualifié comme l’odeur du clou de girofle par une partie des sujets français, comme l’odeur «du dentiste» par une autre partie, du fait de son emploi comme désinfectant dentaire, et comme odeur épicée ou chimique par les sujets qui ne peuvent l’identifier. En l’absence d’une norme culturelle ou sémantique, ces réponses sont également valables».27 L’objectivité de l’odeur, concluent Danièle Dubois et Catherine Rouby, «n’a pas été construite, dans notre culture tout au moins, par la négociation d’un partage du sens dans 1’interaction verbale».28 Dès lors, le langage naturel des odeurs se trouverait «disqualifié pour permettre «l’accès» aux représentations olfactives», en contraste avec 1’hypothese d’adéquation des mots aux «choses visuelles».29 En olfaction, le postulat de l’ajustement (mapping) des mots aux choses s’avère erroné,30 ce que confirment mes propres données ethnographiques.

Chez les sapeurs-pompiers, le lexique descriptif des odeurs est peu étendu. Ces professionnels les dénomment avec difficulté: «on ne peut pas définir», disent-ils; «les mots manquent»; «c’est une faiblesse chez moi, pour mettre des adjectif»; «c’est difficile de mettre un qualificatif à une odeur». Leurs propos recoupent ceux d’un autre informateur, oenologue. Évoquant son aptitude à déceler des problèmes de vinification grâce à son odorat, il déclare: «à l’usage, je me suis rendu compte que j’arrivais relativement bien à détecter quelque chose que je ne décris pas forcément bien. C’est le problème. Je ne sais pas forcément mettre des mots, mais je sais qu’il y a une odeur qui est de l’ordre de l’anormal». Les cuisiniers qui tentent de décrire les odeurs éprouvent la même gêne. «En sentant, on sait, mais c’est difficile de décrire», affirme 1’un d’entre eux. Les odeurs, regrette un autre chef, «on ne peut pas les montrer comme les couleurs». C’est sans doute pour cette raison que la signification des descripteurs reste plutôt hermétique pour le non-spécialiste. Que penser de la description d’une bonne tomate qui, m’a-t-on dit, sent «l’élégance, la vérité, l’honnêteté»? Comment ne pas songer, à nouveau, à 1’odeur «médiane» proustienne?

En milieu hospitalier, le lexique est tout aussi pauvre que chez les sapeurs-pompiers. Au cours d’un entretien, une de mes informatrices utilisera 23 fois les épithètes «particulier» et «caractéristique» pour qualifier des odeurs, ce qui est symptomatique des difficultés rencontrées pour les décrire de manière précise. Ainsi, l’odeur d’une péritonite est «particulière», comme celle du melæna, du sang, des personnes âgées, des malades psychiatriques, de 1’haleine du diabétique, des cancers du larynx, des cancéreux en fin de vie, de la gangrène gazeuse, de 1’hôpital, etc. «Les odeurs, c’est dur d’en parler», résume bien un fossoyeur. On touche l’a une particularité importante de l’encodage olfactif qui a conduit certains chercheurs à qualifier l’odorat de sens «muet», un peu trop vite à mes yeux. En effet, même si le langage des odeurs reste approximatif, il n’est pas arbitraire31 et il lui arrive d’être riche, voire exubérant,32 ce qui a conduit Sperber a voir dans les odeurs «des symboles par excellence».33 Beaucoup de mots (substantifs ou épithètes) sont métaphoriques, permettant ainsi de structurer partiellement l’expérience olfactive dans les termes d’une autre (vision, toucher essentiellement) puis, le cas échéant, de la transmettre. Par nature multisensoriel34 , sens de l’odorat l’est aussi massivement au niveau lexical.

C’est à cet aspect du langage que je vais plus précisément m’intéresser maintenant, en revenant sur cette épithète proustienne étrange: l’odeur «médiane» du couvre-lit de tante Léonie. Les diverses interprétations que je vais en proposer et les excursus en littérature auxquels je vais me hasarder seront un prétexte pour tenter de préciser les caractéristiques de ce langage.

2ème partie (Percepnet 64)

Notes:

1 Marcel Proust, A la recherche du temps perdu. Du caté de chez Swann, Paris, Robert Laffont, 1987, p. 61.

2E. Kant: Anthropologie d’un point de vue pragmatique, dans Oeuvres philosophiques 111, París, Gallimard, 1986, p.976. Trad: Antropología en sentido pragmático.

3Richesse et description illustrées quelques lignes plus haut, dans le même texte, par I’évocation des «mille odeurs» des deux chambres de tante Léonie: elles sont «casanières», «n’enfermées», «saisonnières», «mobilières», «domestiques», «oisives», «ponctuelles», «flâneuses et rangées, insoucieuses et prévoyantes, lingeres, matinales, dévotes, heureuses» (M. Proust, A la recherche..., p. 60-61).

4 Jöel Candau, «De la ténacité des souvenirs olfactifs", dans La Recherche, n° 344, juillet-aoüt 2001, p. 58-62.

5Benoist Schaal, Luc Marlier, Robert Soussignan, «Human foetuses learn odours from their pregnant mother’s diet», dans Chemical Senses, 25, 2000, p. 729-737.

6Robert Soussignan; Benoist Schaal, «Les systèmes émotionnels chez le nouveau-né humain: invariance et malléabilité des réponses aux odeurs», dans Enfance, n° 3, 2001, p. 236-246.

7 Simon Chu, John Joseph Downes, «Long live Proust: the odour-cued autobiographical memory bump», dans Cognition, 75,2000, B41-B50.

8 En 1881, près de ses 10 ans, Mareel Proust fut victime de sa première crise d’asthme. Son père, médecin, lui déconseilla alors la campagne d’lIliers. I1 passa désormais ses vaeanees sur la eate normande ou, parfois, dans les Pyrénées.

9Recherche dont j’ai rendu compte dans Mémoire et expériences olfactives (Paris, PUF, 2000) après une enquête ethnographique dans les milieux professionnels suivants: parfumeurs, oenologues, sommeliers, cuisiniers, sapeurs-pompiers infirmières, médecins légistes. Récemment, j’ai élargi cette enquête au milieu des fossoyeurs, thanatopracteurs et employés de la morgue dans la ville de Nice. Dans le présent article, j’utilise en partie ces données inédites.

10 G. Bachelard, La poétique de la rêverie, Paris, PUF, 1993 (le éd., 1960), p. 119. Plus loin, le philosophe ajoute: «Attachée à ses souvenirs d’odeur, une enfance sent bon» (p. 122).

11O. Alaoui-Isamïli, O. Robin, H. Rada, A. Oittmar, E. Vernet-Maury, «Basic emotions evoked by odorants: comparison between autonomic responses and selfevaluation», dans Physiology & Behavior, vol. 62, n° 4, 1997, p. 713-720. Voir également Lyall Watson, Jacobson’s Organ and the remarkable nature of smell, Londres, Allen Lane, 1999, p. 182: «Smell is an emotional sense, rather than an intellectual one. It is more right brain than left, more intuitive than logical, and more open to synesthetic combinations with other senses».

12 A.K. Anderson et al., «Dissociated neural representations of intensity and valence in human olfaction», dans Nature neurosciences, vol. 6, n° 2, février 2003, p. 196-202

13Tout au long de I’article, le texte en italiques et entre guillemets restitue les descriptions d’odeurs faites par mes informateurs.

14 Georges Vigarello, Le propre et le sale. L’hygiène du corps depuis le Moyen Áge, Paris, Seuil, 1985, p. 18.

15 Antoine Arnaud, Pierre Nicole, La logique ou l’art de penser, Paris, Gallimard, 1992 (1 ere éd. 1662), p.64.

16 . J. Candau, «El idioma natural de los olores y la hipótesis Sapir-Whorf», dans Revista de antropología social, Madrid, n° 12, 2003, p. 243-259. Voir également le chapitre consacré au mental ais dans Steven Pinker, L’instinct du langage, Paris, Odile Jacob, 1999, p. 53-79.

17 P.-j.-G. Cabanis, Rapports du physique et du moral de l’homme, Genève, Slatkihe Reprints, 1980 (éd. de 1844), p. 96, note 1.

18 Ibid., p. 95.

19Ibid., p. 95.

20 Claude Lévi-Strauss, Mythologiques. Le cru et le cuit, París, Plan, 1964, p. 22.

21. Christine Perchec, «Les modèles de la mémoire: revue des études sur l’olfaction et proposition d’un modèle de la mémoire olfactive», dans Informations sur les sciences sociales, vol. 38; n° 3, 1999, p. 451-452.

22En général, «les gens ne peuvent identifier environ qu’une demi-douzaine d’odeurs, par ailleurs familières ou courantes» (Trygg Engen, «La mémoire des odeurs», dans La Recherche, n° 207, février, 1989, p. 174). Catherine Rouby et Gilles Sicard avancent le chiffre maximum d’une quinzaine de sources odorantes: «Des catégories d’odeurs», dans Danièle Dubois (éd.), Catégorisation et cognition: de la perception au discours, Paris, Kimé, 1997, p. 61.

23Tyler S. Lorig, «On the similarity of odor and language perception», Neuroscience and Biobehavioral Reviews, 23, 1999, p. 391-398.

24Claude Boisson, «La dénomination des odeurs: variations et régularités linguistiques», dans Intellectica, 24,1997/1, p. 31.

25. Frédéric Brochet, Denis Dubourdieu, «Wine descriptive language supports cognitive specificity of chemical senses», dans Brain and Language, 77, 2001, p.194.

26 Sur le poids des informations contextuelles dans la catégorisation des traces olfactives, voir par exemple le cas de I’espace olfactif chez les Li-Waanzi (Gabon): Benoist Schaal, «Les fonctions de l’odorat en société: le laboratoire et le terrain», dans Colette Mechin, Isabel le Bianquis, Qavid Le Breto (éd.), Anthropologie du sensoriel. Le sens dans tous les sens, Paris, L’Harmattan, 1998, p. 47-49.

27 C. Rouby et G. Sicard, «Des catégories... », p. 61-62.

28D. Dubois, C. Rouby, «Une approche de I’olfaction: du linguistique au neurona!», dans Intellectica, 24, 1997/1, p. 16.

29Ibid., p. 12.

30D. Dubois, C. Rouby, G. Sicard, «Catégories sémantiques et sensorialités: de l’espace visuel a I’espace olfactif», dans Enfance, n° 1, 1997, p. 145. L’hypothese du «mapping» est d’autant moins pertinente que, le plus souvent, le référent du descripteur n’est pas I’odeur elle-même mais la source de l’odeur.

31De même qu’il est tout à fait improbable de trouver le mot rêche associé au toucher de la soie, il est contre intuitif d’imaginer que l’épithète épais puisse qualifier le parfum de la violette.

32 La langue est «inodore» dans les milieux où l’on prête peu d’attention à l’environnement olfactif. C’est le cas des langues européennes (a l’exception des langues argotiques), note Benoíst Schaal («L’olfaction: développement de la fonction et fonctions au cours du développement», dans Enfance, n° 1, 1997, p. 12). Il en va différemment pour d’autres langues: dans les dictionnaires et la littérature arabo-musulmans, Françoise Aubaile-Sallenave a récolté 250 termes environ propres aux odeurs et aux parfums, dans des registres aussi divers que la sensualité, la morale, l’esthétique, la religion, etc. («Le souffle des parfums: un essai de classification des odeurs chez les arabo-musulmans» dans Daniell Musset, Claudine Fabre-Vassas (éd.), Odeurs et parfums, París, CTHS, 1999, p. 96). Le lexique olfactif Waanzi (sud-est du Gabon) contient des termes qui désignent «spécifíquement une odeur précise et ne sont pas líés sémantiquement a un être ou un objet portant cette odeur». Leur existence tíent probablement aux conditions écologiques des Waanzi, caractérísées par «un véritable foisonnement d’odeurs» (Médard Mouélé, «t’apprentissage des odeurs chez les Waanzi: note de recherche»; dans Enfánce, n° 1, 1977, p. 209-222). Un lexique olfactif spécifique existe également chez les Serer Ndut du Sénégal (Marguerite Dupire, «Des goûts et des odeurs: classifications et universaux», dans L’Homme, XXVII (4), 1987, p. 5-25).

33 Dan Sperber, Le symbolisme en général, Paris, Hermann, 1974, p. 130.

34 Avery N. Gilbert, Robyn Martin, Sarah E. Kemp, «Cross-modal correspondence between vision and olfaction: the color of smells», dans The American Joumal of Psychology, vol. 109, 1996, p. 335-351. On sait, par ailleurs, que le goût emprunte la voie rétronasale.



 

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